Je pense qu’il n’y a pas un mois sans une polémique entre la diversité et les médias en général. La place de la femme noire, de la femme asiatique, maghrebine, indienne ou métissée dans les pages de nos magazines en France est inscrite aux abonnées absents, ou se fait rare.

C’est un sujet qui me tient à coeur en tant que femme noire ayant grandit en banlieue et où mes meilleures amies s’appelaient Naïma, Fatou, Laurence (From Laos), Marie Gabrielle (from Haïti), ou Estelle (une from Normandie et une from Espagne). Ma vision des femmes en France, c’est ça ! Les françaises c’est un mélange d’origine pour moi.

Le sacro-saint modèle de beauté grande, brune ou blonde, aux yeux bleus et verts, très mince en fait aussi partie. Comme la femme ronde, ou la petite;

Tout simplement, parce que si vous vous plantez devant la sortie d’un collège, ou d’un lycée c’est que vous verrez.

Mais mon problème c’est que quand j’ouvre un magazine, peu importe lequel, je ne vois ce reflet de la société que très peu de fois. ça s’améliore, mais on est tellement loin du compte, que c’est un atome de goutte d’eau dans la mer. Pour vous dire….

Je suis la première à dire que c’est bien quand on a une couv avec un mannequin d’origine maghrébine, asiatique, indienne ou noire, mais je sais que ce n’est pas assez. Et ce ne sera pas assez tant que ce sera exceptionnel ou un évènement. Moi, je l’aime cette couve avec Christiane Taubira. Cette femme, politique, guyanaise. Un modèle pour des milliers de jeunes filles, et c’est bien. Car des milliers de jeunes filles en France, n’ont pas accès ou connaissance, de mon blog (sans prétention), ou à d’autres voix qui défendent une place plus importante pour des femmes comme elles, par contre, elles ont accès au kiosque au bas de chez elle. Le kiosque avec la couverture. Et elles le voient, ça peut les interpeller et c’est bien.

Copyright photo : OMG

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J’ai été la première à être contre les numéros hors série. Quand le Femme Actuelle a fait un hors-série pour les femmes à peau noires et leurs cheveux, je l’ai acheté. J’ai trouvé le magazine bien fait, avec des marques que j’aime et de bons conseils; J’ai décroché mon téléphone et j’ai demandé à parlé à la rédac chef. Elle m’a dit ok pour une interview. On a fait ça par téléphone. Je lui ai dit : « un hors série, c’est bien, il est très bien fait. C’est la preuve que l’on a les pigistes et journalistes pour faire ce travail. Mais on fait quoi les 11 autres mois de l’année ». Et elle m’a dit texto : « si c’est un succès, on en fera plus, on intègrera la beauté noire dans les numéros classiques ». Résultat : ben rien !  On a eu d’autres hors série. Il s’est tellement bien vendu, et les annonceurs étaient tellement contents qu’ils se sont forcément rendus compte ça rapportait plus de faire un hors-série par an, que d’intégrer la beauté noire dans tous les numéros.

On a un vrai problème de vision de la beauté dans les magazines en France. Contrairement au Canada, aux Etats-Unis, ou même à certaines éditions belges de magazines français.

En même temps, je ne suis ni pour des quotas, ni pour mettre des femmes de couleurs sur toutes les pages ou tous les dossiers. Non, pour moi, c’est plus intelligent que ça. Je vous donne un exemple concret : C’est la rentrée, et voici un dossier spéciale coiffure. Les coiffures tendances de la rentrée. J’ouvre le dossier et je regarde des coupes magnifiques. Courtes, colorées, brushées, longues, originales…. 1ère frustration : aucune coupe n’est adaptée à ma nature de cheveux. On a interrogé un « Franck Bravo » qui va donner des conseils pour un « effet mouillé », « un effet glossé », et comment faire un « bun façon belle des champs ». Aucune de ces 3 tendances ne convient aux cheveux crépus. L’idéal aurait été d’interviewer à côté d’un « Franck Bravo », un spécialiste, un coiffeur spécialiste des cheveux crépus. Mais non, on n’y pense pas.

2ème exemple, toujours pour la rentrée : « Comment obtenir un teint nude ? » – Super dossier aussi. Problème : les références maquillage s’arrêtent au beige clair ou foncé. Croyez moi, il y a des vietnamiennes aussi foncée que moi, des filles marocaines aussi. Comment on fait, ben on se débrouille, on cherche ailleurs, alors qu’il existe aujourd’hui pléthore de marques généralistes ou spécialisées qui proposent des teintes pour les peaux foncées, mais ça ne vient même pas à l’idée des journalistes.

3ème exemple : « les vergeteures, l’épilation définitive ou les taches pigmentaires ! Testez le laser ! » – Aucune mention sur le fait que beaucoup de laser ne conviennent pas aux peaux mates à foncées.

4ème exemple : la mode ! Ces marques qui ne vont pas au-delà du 48, voire du 44, on en parle ? Alors qu’aujourd’hui, Asos, H&M and co proposent des grandes tailles. Elles ne sont jamais citées. Vous faites du 48 et vous voulez un jegging à fleurs ou à pois, sorry, on s’arrête au 44. Alors, qu’il aurait été rapide, de faire une recherche (si vous n’avez pas d’idée, il y en 3000 sur les blogs de ces filles belles et tendances en Plus Size).

Dans tous les magazines, j’ai rencontré des personnes qui comprenaient les choses, d’autres qui ne voyaient qu’un intérêt financier, d’autres qui vivaient dans un autre monde (celui de la Fashion Week). C’est aussi un problème. Ces personnes en tête de rédaction qui font ce qu’on leur a appris, qui font du racisme ordinaire – parfois sans s’en rendre compte, parfois consciemment -, qui ne comprennent pas pourquoi des voix s’élèvent, qui pensent que ce n’est pas leur rôle d’augmenter la visibilité, qui oublient que parmi leurs lectrices il y a des Fatima, Aïcha en plus des Marie et des Anne (je caricature). Ces personnes qui empêchent de faire avancer l’éléphant parce que selon « elles », le marronnier du numéro de Noël est plus important. « Vous comprenez, on est en août, mais on bosse sur les numéros de décembre, on n’a pas le temps, ce n’est pas une priorité, on verra ça en février ». Ouais, en février, de quelle année, je ne sais pas, mais en février (un jour quoi….). Il y a des jours où j’ai envie de baisser les bras, de faire des rendez-vous, des mails, et des réus téléphoniques dans le vent. Des jours où j’ai l’impression qu’on se fiche de moi avec ce débat; Des jours où les projets qui pourraient faire vraiment changer les choses n’avanceront jamais. J’ai envie de toute envoyer bouler et de me dire, ça ne changera jamais. Et puis, quelques minutes, heures ou jours plus tard (en ce moment c’est jourS), je vois le mail d’une lectrice, un commentaire, ou une imbécilité d’article à la Puretrend, et je me dis, qu’on ne peut pas rester dans l’ombre et se taire. Alors je reprends ma plume ou plutôt mon clavier.

Ma vision de la diversité dans les magazines c’est de l’intégration intelligente de toutes les beautés, l’exceptionnel ne m’intéresse pas, même s’il fait avancer le débat.

signature vivi lachipie ivy-mag

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