Depuis quelques jours, circule une vidéo intitulée « Tissages, défrisage et tresses : Danger… La preuve ».

Nous y voyons une jeune fille noire portant une perruque, indiquant son niveau de vie confortable, sa grande taille et sa silhouette, son éducation. Apparemment, tout irait pour le mieux, sauf quand elle retire la-dite perruque. Elle souffrirait d’alopécie, de grave chute capillaire et aurait du tout raser pour repartir sur de nouvelles bases. Selon elle, les responsables seraient les tissages, défrisages et tresses, voici la vidéo :

Un peu surjoué à mon avis (mais c’est le ton du duo, si vous regardez leurs autres vidéos), je ne suis pas en accord avec le message. Je le trouve même dangereux lorsque l’on a comme, ces deux filles atteint 100 000 vues en deux jours. On touche beaucoup de monde et il faut faire attention à ce que l’on dit.

Leur constat, est le leur et elles ont tout à fait le droit d’en arriver là, mais pour moi, il s’agit plutôt d’un raccourci, trop rapide, trop simple, et un peu irresponsable. On ne peut faire d’un cas particulier, ou de deux cas une généralité.

Qu’est-ce qui me dérange ?

Tissages : comme on l’a vu plusieurs fois sur le blog, le tissage peut-être effectué de plusieurs façons (à la colle, avec des tresses collées, ou via des extensions). On sait que la façon la plus saine, consiste à utiliser des tresses collées sur lesquelles on va « coudre », les mèches de tissage. En toute logique, cela fait un poids sur les cheveux et tire sur ces derniers. Si on les fait à répétition (c’est à dire, je les laisse un mois, un mois et demi, deux mois, je les enlève, je fais un shampooing, et je les refais derrière), on va forcément abîmer le cheveu.
Ce dernier ne respirera pas, on n’aura pas l’occasion de faire des soins corrects, et là où les cheveux sont plus fins, ils vont forcément morfler, c’est à dire tomber. Le cheveu va tomber avec la follicule et prendre 10 plombes à pousser, voir ne repoussera pas.

En toute connaissance de cause, lorsque l’on voit que l’on a un début de chute, que l’on a accès à internet, à des médias, à des forums, blogs et des vidéos d’experts sur youtube, on se renseigne et on prend ses cheveux en main avant la catastrophe.

Défrisage : un produit chimique, pour une totale transformation du cheveu. On applique un mélange chimique sur les cheveux pour les raidir. Forcément, les écailles sont ouvertes, il faut soigner, hydrater, hydrater, hydrater et nourrir le cheveu. Il existe plusieurs « forces » et « compositions » de défrisage avec plus ou moins de soude, et plus ou moins agressif.

Dans les règles de l’art, lors de l’application d’un défrisant, on protège le contour de la tête, le cuir chevelu, on le pose sur toute la longueur du cheveu et les fois suivantes uniquement sur les repousses. On rince au moins 3 fois avec un neutralisateur (pour que le produit arrête d’agir et qu’il ne crame pas le cheveu), on fait au moins 3 shampooings et l’idéal est de faire un soin profond juste après (les écailles sont ouvertes, mieux vaut combler les brêches). Forcément, sur un cheveu crépu, souvent le cheveu est plat, très plat, très fin. Mais sur d’autres filles, moins. Tout dépend de sa nature de cheveu. Avec un défrisant les soins hebdomadaires sont obligatoires : bain d’huile, shampooing, après shampooing, masque, hydratant. On doit apporter brillance, souplesse et éviter la casse. Tout simplement parce qu’un traitement chimique fragilise le cheveu, peut le dessécher et l’abîmer. Tout comme les couleurs ou les permanentes.

En abusant de ces procédés et en ne soignant pas ses cheveux, on les flingue. Tout comme les couleurs et les permanentes, on doit espacer les applications. Il s’agit de produits agressifs pour le cheveu, (pour rappel, on les transforme), donc oui, il faut protéger le crâne et le contour et oui, la personne qui les applique doit porter des gants. Règles sanitaires, règles de précaution…

Lorsque l’on voit que nos cheveux supportent mal le défrisage, qu’ils se cassents, qu’ils deviennent secs et ternes ET que l’on a accès à internet, à des médias, à des forums, blogs et des vidéos d’experts sur youtube, on se renseigne et on prend ses cheveux en main avant la catastrophe.

Les tresses : Ce sont aussi des ajouts. On peut les faire sous différentes formes, plus ou moins épaisses, avec du synthétique ou de la laine (oui, oui). Elles tirent sur les cheveux, vu qu’il y a traction. Si elles sont trop petites, si on les laisse trop longtemps, si on ne les lave pas…… On n’abîme ses cheveux, les plus fragiles (devant donc), risquent de tomber avec la follicule. Si on enlève ses tresses pour en remettre juste derrière, c’est la catastrophe.

Mais encore une fois, si l’on a accès à internet, à des médias, à des forums, blogs et des vidéos d’experts sur youtube, on se renseigne et on prend ses cheveux en main avant la catastrophe.

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La première conclusion, c’est qu’il ne faut pas rejeter la faute sur l’industrie. C’est comme accuser la boulangerie qui est en bas de chez soi et chez qui on va prendre sa religieuse au chocolat tous les jours. C’est un acte volontaire, un truc que l’on pourrait qualifier de « libre arbitre », vous voyez. Vous n’allez pas demander à la boulangère, ou au boulanger, d’arrêter de vous vendre la religieuse que vous demandez parce que vous avez pris du poids ? C’est à VOUS d’arrêter d’y aller (je ne parle pas des addictions, troubles alimentaires and co). De prendre VOS responsabilités. La boulangerie c’est du business, pas une association. La société au sein de laquelle nous vivons aujourd’hui n’est pas faite de bénévoles, il y a une offre, une demande et au milieu des personnes. Plus ou moins renseignées, plus ou moins instruites, plus ou moins au courant. Celles qui sont au courant, et qui ne souffrent pas de problèmes particuliers, ont le choix et sont responsables de leurs actes.

Je ne minimise pas la souffrance de cette jeune fille. Moi-même j’ai été défrisé très tôt, je sais ce que c’est que de se faire brûler avec un défrisage (souvent lorsqu’il est mal appliqué ou que l’on n’a pas suivi les règles), je sais ce que c’est qu’un tissage qui te flingue les cheveux (lorsqu’il est mal fait ou que l’on n’a pas suivie les règles), je sais ce que c’est que de faire des tresses à répétition. J’étais jeune, je n’étais pas assidue d’internet et il n’y avait pas les informations que l’on a aujourd’hui.

Avoir des cheveux abîmés, une alopécie ou une grave chute c’est un sacré coup pour l’estime de soi. Surtout que pour les cheveux crépus c’est plus dure. Comme ils poussent en tortillon sur eux-mêmes, on a du mal à voir la longueur sauf si on tire dessus. Cette impression de « ils ne poussent pas », est frustrante. Il faut être patiente. Mais la patience quand on a touché à quelque chose de féminin, qui fait partie des codes de séduction et de sa personnalité, c’est dur.

On s’arme de patience, on retient la leçon, on file voir un dermatologue et on fait ses soins.

L’autre point, est que le message transmis dans la vidéo est maladroit. Pour moi, il manque un peu de sincérité. Il existe aujourd’hui des associations (Label Beauté noire, pour ne pas la nommer) et des sites (comme Diouda, pour ne pas le nommer), qui milite contre les mauvais défrisants, contre l’application des défrisants aux petites filles, ou les coiffures trop serrées. L’association Label Beauté noire passe son temps avec le gouvernement et a déjà obtenu de très beaux résultats avec l’AFFSAPS. Diouda dispense de bons conseils auprès de parents un peu perdus voulant bien faire avec les cheveux de leurs enfants.

Je pense que l’on ne peut interpeller dans la rue n’importe qui et de n’importe quelle façon, tout en la jugeant sur la façon dont elle est coiffée et sont coiffés ses enfants. Pourquoi ? Parce que ça touche à l’intime et que l’on ne peut en deux, cinq ou dix minutes, changer un comportement qui est le seul que l’on connaisse. Cela demande de la pédagogie, une réunion en tête à tête. Qui ira dans la rue, retirer sa perruque et montrer son alopécie ? Personne. C’est aussi à ce niveau là que le message de la vidéo est maladroit.

Sans compter que beaucoup se rendent compte que les tissages, défrisages et tresses à répétition abîment les cheveux, mais comment on fait si on n’a pas accès aux bonnes infos ? Aller à la rencontre des gens c’est bien, mais avec délicatesse c’est mieux.

Et puis hors de question de stigmatiser ! Stigmatiser celles qui se portent très bien en se défrisant les cheveux. Celles qui font régulièrement des tresses et qui prennent soin de leurs cheveux, celles aussi qui font des tissages. Il y a des filles qui ont les cheveux solides ou qui SAVENT comment prendre soin de leurs cheveux. Hors de question d’aller leur dire, passe au naturel et enlève moi ces artifices.

Vous pensez vraiment qu’il n’y a que les femmes noires qui utilisent des défrisages ? Vous pensez que les soeurs Kardashian ont toutes les cheveux aussi épais ? (vive les extensions). J’ai envie de dire… Et après ? Si c’est en connaissance de cause et bien réalisé, où est le problème ? Pourquoi ne pourrions-nous pas bénéficier des progrès de la beauté ?

Prévention, éducation oui, mais avec plus de finesse, sinon on risque de provoquer l’effet inverse. Braquer les gens et empêcher toute forme de dialogue.

Quant aux cheveux natuels, ce n’est pas une garantie de cheveux qui se portent bien. Ils peuvent aussi être cassant. On peut aussi avoir des chutes, ils peuvent aussi être abîmés. Défrisés ou pas, il faut juste « connaître » ses cheveux et « adopter une routine de soin convenable ». Je ne dis pas que c’est simple, ni que c’est facile, mais à part ça, il n’y a pas d’autres solutions.

En ce qui concerne les transformations chimiques (défrisants, couleurs, permanentes, lissage…), pour moi il est important de bien connaître ses cheveux avant d’y avoir recours. L’idéal sur un cheveu afro, serait de ne rien commencer de tel avant 16-17 ans au moins.

Pour l’historique de la perruque, ce n’était pas à la base dédiée aux personnes malades. La première utilisation était un effet de mode, on l’a aussi utilisée dans certaines civilisation pour se protéger le crâne du soleil, avant de vouloir améliorer son apparence personnelle, puis (et seulement après), pour cacher le fait d’être chauve.

Donc je ne stigmatiserai pas non plus le filles qui aiment les perruques et qui en font un accessoire comme un autre.

De plus, selon les dernières études, les femmes noires prennent de plus en plus conscience des besoins de leurs cheveux. Elles reviennent au naturel, de plus en plus, pour voir comment sont leurs cheveux, en prendre soin… Ou les laissent défrisés, mais en prennent vraiment soin. Donc on leur dit, et elles sont de plus en plus au courant. Les personnes comme Farida B, le docteur Kari Williams, Felicia Letherwood, les évènements comme le salon Boucles d’Ebène ou la Natural Hair Academy y sont pour beaucoup. Comme certains forums, et certaines youtubeuses ou blogueuses.

Et vous, vous êtes comment en ce moment ? Défrisées, colorées, tressées, naturelles ou en tissage ?

signature vivi lachipie ivy-mag

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