Où sont passés les cheveux crépus ?

Il y a quelques semaines, j’ai fait un petit exercice. J’ai fait défiler des photos de « cheveux bouclés » sur les réseaux et dans les campagnes beauté. Sur une centaine d’images, j’ai compté trois chevelures vraiment crépues. Trois.
J’ai posté ce constat sur Instagram, un peu à chaud. Vos messages m’ont confirmé que je n’étais pas la seule à le ressentir. Alors je prends le temps de le développer ici, parce que ce sujet mérite mieux qu’une story.
Bouclé, frisé, crépu : de quoi parle-t-on ?
On classe souvent les cheveux texturés par types, de 2 (ondulés) à 4 (crépus). Les cheveux de type 4 forment des spirales très serrées, en Z ou en minuscules ressorts. Le 4C, le plus serré de tous, ne dessine parfois aucune boucle visible à l’œil nu.
Ce sont aussi des cheveux qui ont leurs propres règles. Ils sont naturellement plus secs, parce que le sébum descend difficilement le long de la fibre. Ils sont fragiles aux points de torsion. Et ils se rétractent beaucoup en séchant : une chevelure qui tombe aux épaules une fois étirée peut sembler courte au naturel.
Autrement dit : le crépu n’est pas un bouclé « moins réussi ». C’est une texture à part entière.
Les années nappy : on y avait cru
Au milieu des années 2000, quelque chose s’est passé. Le mouvement nappy, contraction de natural et happy, a poussé des milliers de femmes noires à arrêter le défrisage et à retrouver leurs cheveux naturels. Forums, blogs, premières vidéos : on s’échangeait des recettes, des routines, des photos de nos cheveux tels qu’ils poussent.
J’ai vécu cette époque de l’intérieur, ici même, sur ce blog. Il y avait une fierté, une joie, un sentiment de reconquête. Le crépu, enfin, avait droit de cité.
Et puis la boucle parfaite a pris toute la place
Le marché a suivi, et c’est tant mieux : il existe aujourd’hui beaucoup plus de produits pour cheveux crépus qu’il y a vingt ans. Mais en chemin, une nouvelle norme s’est installée. Celle de la boucle bien définie, brillante, qui tombe en ressorts réguliers.
C’est elle qu’on voit dans les publicités, sur les packagings, dans les tutoriels. Le cheveu crépu, lui, est redevenu discret. Comme si l’on avait accepté la texture, mais seulement jusqu’à un certain point. Les anglophones ont un mot pour ça : le texturism, cette hiérarchie silencieuse où plus la boucle est lâche, plus elle est jugée désirable.
Je ne reproche rien aux femmes aux cheveux bouclés. Je dis juste qu’une représentation qui s’arrête au type 3 laisse de côté une grande partie d’entre nous.

Pourquoi ça compte vraiment
Parce que ce qu’on ne voit pas, on finit par le croire anormal.
Quand une petite fille aux cheveux crépus ne voit que des boucles définies, elle en déduit que ses cheveux à elle sont « difficiles », « indécoiffables », « pas présentables ». Ces mots-là, beaucoup d’entre nous les ont entendus enfants. Nos fils et nos filles ne devraient plus les entendre.
Et ce n’est pas qu’une question d’image. Des personnes se voient encore demander d’attacher, de lisser ou de cacher leurs cheveux pour un entretien ou au travail. En mars 2024, l’Assemblée nationale a adopté une proposition de loi visant à reconnaître explicitement la discrimination capillaire, inspirée du Crown Act californien. Le texte a ensuite été transmis au Sénat. Le simple fait qu’un tel texte ait été jugé nécessaire en dit long.
Ce que je vais faire, ici
Je ne veux pas seulement poser le constat. Sur ce blog, je m’engage à montrer des cheveux crépus, des vrais, avec leur rétraction, leur volume, leur beauté brute. Et à parler de leurs soins avec le sérieux qu’ils méritent.
Pour commencer, voici les bases que je répète depuis des années :
- L’hydratation avant tout. Le cheveu crépu a soif. On hydrate avec un soin à base d’eau, puis on scelle avec une huile ou un beurre.
- Le démêlage avec douceur. Toujours sur cheveux humides et gorgés d’après-shampooing, des pointes vers les racines, avec les doigts ou un peigne à dents larges.
- La nuit, on protège. Un foulard ou une taie en satin limite la casse et la sécheresse.
- Les coiffures protectrices, tresses, vanilles, chignons, pour laisser les pointes se reposer, sans tirer sur les tempes.
- La patience. Le crépu ne se « dompte » pas. Il se comprend.
Et pour vous accompagner, certaines marques font vraiment le job. Je pense à Kalia Nature, la marque franco-caribéenne de Sandrine Sophie, avec ses actifs végétaux et ses formules courtes. À Beauté Insolente, fabriquée en France, qui part du cuir chevelu et propose de vraies routines dédiées au crépu, avec le giraumon caribéen comme actif star. Et à BrownIcone, qui a fait de l’hydratation durable des cheveux crépus sa spécialité. Des marques qui partent du cheveu crépu, au lieu de l’ajouter en bout de liste.



À vous la parole
J’aimerais que cette rubrique se construise avec vous. Envoyez-moi vos photos, vos routines, vos questions sur vos cheveux crépus. Les plus belles chevelures et les meilleures astuces auront leur place ici.
Et si le sujet vous parle, on se retrouve le 16 novembre pour la 7e édition de Beauté Plurielle. Depuis dix ans, c’est exactement pour ça qu’on se bat : pour que chaque texture, chaque carnation, ait sa place dans la lumière.
Parce que le 4C, c’est de l’or. Il serait temps qu’on le voie.
Vivi
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